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Littérature française

« Le chant du poulet sous vide », un premier roman caqu(hal)etant

– Prix du roman de l’écologie 2021- Une fable débordante d’humanité et totalement loufoque, qui, sortie dans l’ombre du deuxième confinement, mérite la pleine lumière de ce printemps.

Paule, jeune citadine et végétarienne, opère, à la mort de sa mère, un retour forcé à la ferme, missionnée par sa dernière volonté : « Il faudrait tuer Théodore. Le Borgne. J’aimerai que ce soit toi qui t’en occupes ». Fidélité filiale oblige, Paule s’exécute plutôt mal que bien. La mise à mort du poulet, puisqu’il s’agit de cela, va changer radicalement le point de vue de la jeune femme sur la passion de sa mère pour ses volatiles, si uniques qu’elle prenait le soin de les prénommer. Théodore sera vendu au marché avec son prénom et une courte bio, collés à même la peau. Hommage. Au fil des jours et de son élevage, Paule réitère pour chaque poulet son acte de reconnaissance après sa mise à mort, ce qu’elle fait de mieux en mieux avec plaisir…

On en dira pas plus, si ce n’est que le roman tient sa promesse et que Paule, sorte d’ingénue à la Amélie Poulain bouscule, par son engagement auprès de ses poulets, nos convictions parfois trop endormies.

Du deuil de la mère à la mort du poulet

D’où vient cette idée géniale et totalement absurde d’offrir une stèle en papier à sa volaille ? De la culpabilité de Paule de ne pas avoir su parler, discourir, à l’enterrement de sa mère… Les mots manqués alors se fabriquent ensuite à la chaîne comme en réparation. Mais aussi aussi pour effacer ce plaisir interdit que lui procure le fait de tuer. Parfois le deuil rend créatif et devient une aubaine. Parfois la mort des animaux ramène à la normalité de notre condition si fragile… Permettre d’envisager la fin rend plus intense le présent !

Faire le plein d’humanité au rayon volaille

L’élevage de Paule se transforme au fil des mots en une petite société. Chaque être caquetant à un nom propre, un charme, des envies et des tristesses. Lucie Rico rend passionnante cette société animale qui ressemble de près à la nôtre et qui rappelle des lectures enfantines comme Animals Farm.  Car les enfants ne s’y trompent pas, il y a beaucoup à apprendre des animaux. Mais si on a l’habitude des documentaires sur les singes, jamais les poulets n’auront été aussi minutieusement regardés. Et, il se trouve que Lucie Rico est documentariste et je vous garantis que sa plume l’est autant que ses yeux.

Néo ruralité et animalisme même combat ?

Et oui la tarte à la crème 2021 se retrouve au centre d’un propos plus politique qu’il en a l’air. La jeune Paule et son poulailler idéal ne vont pas que s’attirer des amis dans le village. A vouloir changer les codes et trop humaniser ses bêtes, tout peut virer à l’absurde voire à des absurdités. C’est là que le roman trouve sa dimension la plus comique d’ailleurs… C’est une fable donc le lieu de l’absurde ! D’autant que Lucie Rico pose aussitôt la question de l’hyper consommation qui nous transforme en producteurs incontrôlés puis en serial killer d’espèces. Attention certaines scènes pourraient vous rendre plus végétariens que flexitariens et plus du tout flexiterriens.

Le chant du poulet sous vide. Lucie Rico (POL)

Qui est l’autrice ?

Lucie Rico est née à Perpignan. Elle a travaillé dans l’éditions et les nouveaux media et réalise des documentaires. En cours d’écriture son deuxième roman : GPS.

Par livresagites

journaliste, critique, blogueuse, premier roman en cours

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