Catégories
Littérature française

Pépites de l’été 2021 (1) Le Nord du monde de Nathalie YOT

L’été c’est aussi l’occasion de lire quelques bijoux offerts par plus éclairé que soi… De découvrir des voix apparues le temps d’une rentrée littéraire. 

C’est le cas de Nathalie Yot. Artiste pluridisciplinaire, très reconnue dans le champs de la poésie, cette performeuse, collabore à plusieurs revues et a déjà publié plusieurs recueils. 

Le Nord du monde, son premier roman, publié aux éditions La Contre Allée, paru à La rentrée 2018, se le lit comme on court… à perdre haleine. 

Une écriture hypnotisante, comme son duo électro-acoustique, Natyocassan, et notamment Le ciment

C’est important parce qu’on comprend que l’écriture fait corps et voix. 

Le Nord du monde, c’est le roman errant d’une itinérance. Celle d’une femme abandonnée pour qui le désir devient pas. Elle marche.

Fragilisée par une séparation amoureuse, la narratrice et personnage principal fuit un homme, son homme-chien, pour ne plus sentir la douleur, elle marche encore. 

Le plus loin possible vers le Nord, Lille, l’Allemagne, les Pays-Bas, et au bout, les fjords de Norvège.

Elle lutte contre les éléments, le froid, la fatigue, la douleur, la faim, pour se sentir plus vivante.

« L’air on le prend, on le prend bien. Quand il y a beaucoup de vent, on se laisse ébouriffer, chahuter, ça nous est égal au contraire, on se dit que la puissance du vent nous aide pour combattre l’histoire de ne plus vouloir vivre.»

Les hommes, aussi, ça serre et ça sert… à se sentir vivante! Alors, elle enchaîne les rencontres et les pays. Jusqu’à la transgression ultime, doublée de l’amour définitif, enfin rencontré.

Mais qu’on ne racontera pas!

C’est un roman qui gratte, qui dit des choses qu’on ne veut pas entendre, qui pousse à la faute. Qui met en péril, sur le fil ténu de la moralité. Bien sûr qu’il dérange… Surtout ce que nous avions eu bien du mal à bien ranger. 

C’est un roman qui vacille, comme cette partie de notre humanité sans limite.

C’est un roman qui flirte avec thanatos parce que parfois c’est le seul moyen d’être certain qu’on est vivant, de se pincer moralement.

Nathalie Yot ne cède rien à la douceur. Comme un scalpel, ou les glaçons de l’hiver, elle nous réveille rudement. 

Magnifique !!

Le Nord du monde, Nathalie Yot, La Contre Allée

Catégories
Littérature française

L’épopée mélancolique, d’Haydée Santamaria, pasionaria cubaine.

Les révolutionnaires ne sont pas des poètes mais des soldats ? Pas si sûr ! Il faut avoir une sacrée foi en un idéal, en l’impossible, pour devenir guérillera, se battre contre l’injustice, la pauvreté et l’analphabétisme à Cuba au milieu du XXe siècle. Une bonne dose de courage, de renoncement et d’oubli de soi aussi…

Cette solide conscience politique amènera la toute jeune Haydée Santamaria à tenir le fusil, contre l’armée du putschiste Batista.

Une conscience politique pleine d’inconscience

C’est cela que raconte avec justesse et onirisme, le roman d’Amina Damerdji, la genèse d’un engagement politique. Ce moment où l’idéal devient certitude… Où le doute n’a plus sa place… Où on ne sait pas vraiment où on va!

Confrontée très tôt à la dureté de la vie des paysans, cueilleurs de cannes-à-sucre, dans la région où elle a grandi, l’Encrucijada, Haydée Santamaria sent qu’elle ne pourra se satisfaire de la vie banale que lui propose sa mère : bon mariage, enfants, résignation.

« Ce que je préférais, c’était la littérature et la littérature comme le sifflait ma mère, c’était tout à fait inoffensif », lui fait dire, non sans humour, l’autrice. La littérature aura été certainement le ferment le plus solide de l’engagement de cette autodidacte .

La jeune idéaliste, choisit de rejoindre le mouvement des jeunes marxistes, bientôt fédéré autour de Fidel Castro, alors jeune avocat, à La Havane, jusqu’à devenir une héroïne, une « mère » de la révolution cubaine.

 

Je ne peux pas dire que nous ayons pris les armes pour ça.

« Je ne peux pas dire que nous ayons pris les armes pour ça. Bien sûr, nous voulions du changement. Mais nous n’avions qu’une silhouette vague dans la rétine. Pas cette dame en manteau rouge, pas une révolution socialiste. C’est seulement après, bien après, que pour moi en tout cas, la silhouette s’est précisée. »

Comme un chant déçu, la mélopée d’une femme mûre

C’est le roman épique d’une jeunesse sans pareil, que propose Amina Damerdji, [interview en ligne] , bien loin d’une imagerie hagiographique. Oscillant entre l’illusion et la désillusion de son héroïne, , montre l’ambivalent chemin des révolutions, comme celui des grandes avancées démocratiques, ni tout blanc ni tout noir, mais le plus souvent teinté d’un gris tragique et amer.

Le récit démarre le 28 juillet 1980, à La Havane, la nuit précédant son suicide, Haydée Santamaria, 57 ans, déroule ses premières années militantes, dans une mélopée mélancolique. Seule, en proie à une profonde tristesse, elle lègue l’histoire de son engagement, à ces Cubains qui tentent de fuir le régime castriste par la mer, ces naufragés de la révolution au soleil, pour qui le régime est devenu une dictature : « 1980 est l’année de l’exode de Mariel qui commence avec ces 10 000 Cubains qui demandent l’asile à l’ambassade du Pérou… », éclaire l’autrice, que nous avons interviewé au cœur de l’été.

Entre le 5 avril et le 31 octobre 1980, 125 000 Cubains sont expulsés, considérés comme contrerévolutionnaires. « Je me suis toujours dit que pour elle, cela avait dû être terrible… Avoir passé sa vie à construire un Etat que les gens se sont mis à fuir … Cela ne doit pas être étranger à son suicide. », confie encore ’écrivaine. 

¡Hasta la victoria siempre!

A ceux-là qui partent, abandonnant l’île pour un monde qu’ils pensent meilleur, Haydée Santamaria rappelle le combat de sa jeunesse et la perte tragique d’être chers, torturés et tués par l’armée de Batista. Morts pour leurs idées.

« Mais tout cela, vous qui partez, vous qui ramez dans la nuit, vous a été enseigné à l’école…» leur psalmodie-t-elle.

Ce que ne dit pas le livre, c’est qu’Haydée Santamaria tombera dans les oubliettes de l’histoire de Cuba, ignorée voire reniée par ses compagnons d’armes. Il ne dit pas non plus, que Castro ne lui rendra pas hommage, le suicide étant jugé contrerévolutionnaire par les marxistes.

Amina Damerdji, rend justice ici à cette combattante courageuse et engagée, à toutes ces femmes qui n’ont pas eu peur de crier un jour « ¡No pasaran ! », comme la basque Dolorès Ibarurri ou bien « ¡Hasta la victoria siempre !» comme tant d’autres à Cuba. Mais qui se souvient d’elles ? Qu’elle en soit donc remerciée… Souvent ramenée à des rôles secondaires dans ces mouvement militaro-machistes, certaines ont pourtant bravé les tabous troquant la louche contre le fusil. Ainsi vécut Haydée Santamaria.

Un roman épique révolutionnaire

Amina Damerdji, [interview en ligne], jeune femme d’origine algérienne, spécialiste de la poésie cubaine et venue de la performance poétique, a baigné dans la littérature hispanique et latino-américaine et son roman est tissé dans ce savoir-faire particulier.

Le choix du genre, par exemple, le roman épique et révolutionnaire, à la Fuentes ou Vargas LLosa, mais aussi le sens d’un tragique coutumier, où mort et vie se côtoient comme deux amies, qui nous ramène à l’hispanique Garcia Lorca ou la sensualité gourmande du brésilien Jorge Amado, « Certains dimanches, j’avais faim et je petit-déjeunais au lit. J’emportais sur un plateau, la cafetière, un morceau de pain, un bout de beurre et du miel. Les sablés de goyave, je les réservais toujours pour le début de l’émission. Dès que j’entendais la musique d’annonce, je croquais à pleine dents dans le biscuit rond et laissais couler la confiture entre mes dents. »

Pourtant, pour échapper à l’histoire officielle, Amina Damerdji, a su conserver sa liberté de romancière et de poète, en écoutant le cri intérieur d’Haydée Santamaria, l’accompagnant dans ses dernières heures , enivrée de vodka, cadeau des alliés russes, peu aimés, et le récit fait écho à la fin tragique de certaines actrices hollywoodiennes, seule et désespérée.

La tessiture littéraire de « Laissez-moi vous rejoindre » nous ayant autant convaincue que le récit, on attend le deuxième roman avec attention.

« Laissez-moi vous rejoindre », Amina Damerdji, Gallimard

Catégories
Littérature française

« Je voulais raconter quelque chose du sacrifice politique, de l’idéalisme, et de la désillusion »

Cet été, Amina Damerdji, primo-romancière, a bien voulu nous éclairer sur son travail pour faire revivre Haydée Santamaria, pasionaria cubaine, héroïne de son livre, « Laissez-moi vous rejoindre », publié chez Gallimard. Tout a commencé à Cuba, où elle a résidé quelques mois, pour faire du terrain pour sa thèse sur la poésie cubaine.

Comment est né l’idée de ce roman biographique ?

J’ai vécu à Cuba plusieurs mois… Ce qui est très particulier, pour nous, en arrivant, c’est qu’il n’y a pas de publicités sur les murs mais des affiches, des portraits des grands hommes de la révolution : Fidel, Camilo Cienfuegos, Raul, le frère de Fidel, tous représentés de manière virile, avec leur barbe. Alors, lorsque j’ai entendu parler d’Haydée Santamaria, elle a tout de suite attiré ma curiosité parce que c’est une femme. Souvent on parlait des femmes de la révolution comme femme de… Celle de Fidel qui s’était occupée du programme, celle de Raul en charge du droit des femmes. Pourtant Haydée jouissait d’une vraie notoriété et reconnaissance, en tant que femme d’état sur l’île !  Je travaillais beaucoup à la Casa de Las Americas qui est une véritable institution culturelle à La Havane, une bâtisse blanche, très jolie qui se détache dans le paysage de la ville, située sur le Malecon, (la promenade de front de mer) et où il y a un fond de bibliothèque plus important qu’ailleurs. En discutant avec les gens présents, un peu au gré des coupures d’électricité, j’ai appris que c’est elle, totale autodidacte, qui avait créé ce lieu culturel. Elle y a fait venir de grands écrivains sud-américains, Garcia Marquez, Cortazar et des Français aussi Sartre et Beauvoir…

Il y a une sensualité très forte et notamment gourmande dans votre récit , qui vous inscrivit dans la lignée des auteurs sud-américains comme Jorge Amado, pour ne citer que lui, qui émaillait ses romans de plats locaux ?

Oui la dimension sensuelle m’a clairement intéressée. D’abord parce que cela fait partie d’un patrimoine littéraire effectivement. Il y a des choses que j’ai aimé dans la littérature cubaine ou sud-américaine que j’avais envie de retrouver par l’écriture, des ambiances (la chaleur, la moiteur, des saveurs, des sons) mais aussi parce que je ne voulais pas faire une hagiographie politique mais m’intéresser à cette femme dans sa chair.

Et le choix de cette double temporalité, sa jeunesse et la genèse de son engagement, jusqu’à la défaite de la Moncada, et les quelques heures avant son suicide  presque 40 ans plus tard?

J’ai été marqué par le livre d’un auteur cubain, Leonardo Padura, « L’homme qui aimait les chiens » et qui raconte la vie de Ramon Mercader, l’assassin de Trotski, exilé à Cuba. Il peint notamment cette forme très sacrificielle d’engagement, in fine assez déshumanisante. En développant la vision de la jeune Haydée et en contrepoint celle de l’Haydée plus mûre (57 ans) qui s’adresse à ces personnes qui fuient Cuba, je voulais mettre en regard deux moments de bascule de la vie de cette femme et raconter quelque chose du sacrifice politique et de l’idéalisme, de la désillusion. 

Moi j’ai lu entre vos lignes un romantisme de la révolution…mais pas bêta !

Pour moi Haydée, au moment de son suicide, est justement cette femme qui a commencé sa vie, remplie d’idéaux romantiques, en quête de liberté pour transformer cette société cubaine. Forte de ses croyances puissantes, elle est emblématique d’autres jeunesses politiques, d’un type d’engagement qui s’est transformé aujourd’hui, n’emprunte plus les mêmes voies d’action.

Le fait qu’elle adresse son récit à ceux qui fuient,n’est-ce pas une façon de sortir du fantasme de la justice et justesse révolutionnaire?

Oui tout à fait pour moi, il y a vraiment l’élan de départ et la suite quelques années plus tard. Et d’ailleurs cela continue…

Tous ce groupe d’amis et frères d’armes, que vous décrivez, sont très vivants, comment avez-vous fait vos recherches ?

Je me suis documentée dans des livres d’histoire, sur place, à Cuba, puis de retour en Europe. J’ai aussi travaillé sur des archives numérisées, des documentaires et des captations trouvées sur internet.

Et vous avez pu recueillir des témoignages ?

J’ai aussi pu discuter avec plusieurs personnes qui l’avaient connue et beaucoup aimée en général.

Vous pouvez nous parler de ces poètes, sujets de votre thèse ?

Elle a porté sur un groupe de poètes qui sont passés de l’engagement officiel à la critique, et qui ont, pour la plupart, subi des mesures punitives, comme Luis Rogelio Nogueras, l’un des plus célèbres sur l’île, ou qui se sont exilés comme Raúl Rivero, le poète du groupe le plus connu à l’étranger, ou le romancier Jesús Díaz.

C’est donc votre premier roman, vous y pensiez depuis longtemps ?

L’idée a germé lors de mon dernier séjour à Cuba, en 2015. À ce moment-là, j’écrivais de la poésie. J’ai co-fondé une revue en 2011, qui s’appelle La Seiche, publié Tambour Machine en 2015 chez Plaine-Page et participé à plusieurs festivals de poésie orale. Je m’intéressais beaucoup à la poésie-action et à la performance. Quand j’ai commencé à m’intéresser à Haydée Santamaría à Cuba, je n’avais pas au départ le projet d’écrire un roman sur elle mais plus je me documentais et essayais de l’atteindre, plus elle s’éloignait de moi. La répétition des mêmes anecdotes, avec les mêmes mots, créait un voile de glace et finissait par figer le personnage au lieu de le rendre vivant. J’ai voulu, par la fiction, redonner vie à cette femme. Et à travers elle, raconter une histoire, celle d’un pays, d’un type d’engagement, mais aussi, celle de beaucoup d’autres femmes, d’un type de féminité assez peu représenté par la littérature..

Comment passe-t-on de la poésie au roman?

Au départ, le premier manuscrit écrit assez spontanément, était encore très poétique (cinq longues lettres qui ressemblaient plus à cinq longs poèmes en prose qu’à un récit romanesque !).Je l’avais envoyé à plusieurs maisons d’édition et reçu, au milieu de lettres type de refus, deux lettres plutôt encourageantes, avec des conseils de réécriture dont une des éditions Christian Bourgois. Mais ces conseils sont restés malgré tout un peu obscurs pour moi et puis ensuite, j’ai dû m’adonner à l’écriture de ma thèse et mettre de côté le projet. C’est un atelier Gallimard avec l’écrivain Hédi Kaddour, romancier venu également de la poésie, qui a agi comme un déclic pour moi. J’ai plongé dans un autre univers d’écriture, l’écriture romanesque avec ses personnages, sa sensorialité, sa narrativité, et ai commencé à me passionner pour cela. J’ai tout réécrit, de A à Z, et complètement différemment.

Et vous votre histoire Amina Damerdji ?

Je suis née aux États-Unis et j’ai ensuite grandi à Alger jusqu’en 1994. Ma famille et moi avons quitté l’Algérie pendant la Décennie noire (la guerre civile algérienne) d’abord pour la Bourgogne, où nous avons rejoint ma grand-mère qui en est originaire et s’était exilée avant nous, puis à Paris où j’ai fait le reste de ma scolarité et mes études. J’ai aussi vécu deux ans en Espagne, à Madrid.

« Laissez-moi vous rejoindre », Amina Damerdji, Gallimard

Catégories
Littérature française

La délicieuse cérémonie « De thé et d’amour  » d’Hubert Delahaye

Une invitation au voyage qui ouvre grand les portes de l’imaginaire. Aujourd’hui plus qu’hier, sans doute à cause des confinements répétés, je plébiscite toute littérature itinérante. Un grand, grand, genre littéraire… Depuis l’Odyssée en passant par le Journal de voyage de Montaigne ou bien celui en Indes de Flaubert, jusqu’à Kerouac et sa Route, les écrivains voyageurs embarquent, fascinent, ensorcellent leurs lecteurs.

Mais aujourd’hui, empêchés de voyager, nous ressemblons, plus que nous le pensions, aux des lecteurs de Mérimée découvrant la Corse. Mélange d’exotisme et de spiritualité à taille humaine, ce joli roman nous embarque au Japon et donc en terre inconnue pour la plupart. Bien loin d’être un guide touristique, nous le refermerons, sous le charme de ces « impressions » en ayant l’impression d’avoir progressé un peu plus dans notre géographie intime.

De la joie de voyager entre les pages

« De thé et d’amour », est surtout un roman initiatique et très courtois qui explore l’amour. L’histoire est simple presque banale: un occidental, vraisemblablement diplomate, s’initie à l’art du thé à Kyoto mais surtout à une silencieuse parade amoureuse.

Tout tient dans l’économie de cette relation.  Comme dans la gestuelle lente de l’art du thé.  Tout tient dans l’épure stylistique ! Un récit hiératique au rythme hypnotisant.

Un amour en explosion de silences

Nous sommes convoqués à méditer sur l’éclosion de cette passion immobile et feutrée comme un rituel. Le temps s’arrête, les bruits se taisent. Et tout prend en force.

Le protagoniste tombe sous le charme de « cheveux châtain foncé relevés en chignon (qui) révèlent un peu plus de sa nuque, endroit de l’anatomie qui correspond dans le langage de coquetterie à ce que peut être ailleurs un décolleté ».  À petit pas minuscules, empêchée par « ses géta à bride rouge et vernies », mademoiselle Shimizu, guide son fol amoureux sur le chemin de la déraison. Et sur les routes de la grande évasion.

Vous voyez, il y a toutes les raisons d’emmener ce merveilleux petit livre d’amour sur votre lieu de villégiature. Bien installé dans un transat, il vous emportera à des milliers de kilomètres de vous-même.      

Catégories
Littérature française

« Que sur toi se lamente le Tigre », un premier roman majuscule !

Dans son court et intense premier roman, Emilienne Malfatto, journaliste reporter spécialiste de l’Irak, relate l’histoire impitoyable d’un féminicide dans l’Irak rural contemporain. Celui d’une toute jeune fille qui aura connu l’amour interdit puis l’horreur pour laver l’honneur de sa famille ! C’est l’impitoyable loi des hommes… gardée par les femmes ! 

« Je suis la vieille et le monde de mes enfants m’est étranger. J’ai consciencieusement appliqué à mes filles, les lois qui m’avaient été imposées. J’ai bâti autour d’elles la même prison que pour moi. J’ai justifié mon monde en le reconduisant… », psalmodie la mère en attendant la sentence.  

Ce livre édité par la maison d’édition tunisienne elyzad vient d’emporter le Goncourt du premier roman.  Son éditrice Elisabeth Daldoul en souligne l’écriture épurée et poétique. Elle a raison!

Il ne s’agit ni d’un essai, ni d’un document mais bel et bien d’un roman et de la naissance d’une écrivaine.  

Construit comme une tragédie : unité de lieu, de temps, d’action, où comme un procès dont nous serions le jury de hasard, le récit recueille la voix de chaque personnage, enfermé dans cette loi qui ordonne la mort de si jeunes vies. Chacun y berce son dilemme sournois et son accord muet. Se faisant l’écho d’une injustice sur laquelle ils n’auraient pas de poids mais qu’ils ne supportent pas. Insupportable « fatum », diraient les Latins, qui s’abat en même temps sur cette victime-accusée et sur ses bourreaux.Tous pris au piège? Accusée de quoi ? D’avoir aimé… Pris au piège par quoi ? Une loi sans âme. Tout cela n’empêche pas la mauvaise conscience.

« J’ai survécu à la guerre et ce soir je vais tuer, dit le frère et bourreau. Je vais mourir un peu en tuant. Mais mon bras ne tremblera pas. Tremblera-t-il ? » 

Sans enluminures inutiles, d’une simplicité transparente comme l’eau vive du Tigre, qui traverse l’Irak, l’écriture d’Emilienne Malfatto s’écoule en nous, sans bruit et lumineuse, au plus près de nos intimes tristesses. 

Personne n’aime la guerre. Personne ne supporte la loi assassine. Pourtant la plupart y participent.

Un premier roman majuscule !

« Que sur toi se lamente le tigre » Emilienne Malfatto (elyzad) Goncourt du premier roman.

Catégories
Littérature française

« Le chant du poulet sous vide », un premier roman caqu(hal)etant

Paule, jeune citadine et végétarienne, opère, à la mort de sa mère, un retour forcé à la ferme, missionnée par sa dernière volonté : « Il faudrait tuer Théodore. Le Borgne. J’aimerai que ce soit toi qui t’en occupes ». Fidélité filiale oblige, Paule s’exécute plutôt mal que bien. La mise à mort du poulet, puisqu’il s’agit de cela, va changer radicalement le point de vue de la jeune femme sur la passion de sa mère pour ses volatiles, si uniques qu’elle prenait le soin de les prénommer. Théodore sera vendu au marché avec son prénom et une courte bio, collés à même la peau. Hommage. Au fil des jours et de son élevage, Paule réitère pour chaque poulet son acte de reconnaissance après sa mise à mort, ce qu’elle fait de mieux en mieux avec plaisir…

On en dira pas plus, si ce n’est que le roman tient sa promesse et que Paule, sorte d’ingénue à la Amélie Poulain bouscule, par son engagement auprès de ses poulets, nos convictions parfois trop endormies.

Du deuil de la mère à la mort du poulet

D’où vient cette idée géniale et totalement absurde d’offrir une stèle en papier à sa volaille ? De la culpabilité de Paule de ne pas avoir su parler, discourir, à l’enterrement de sa mère… Les mots manqués alors se fabriquent ensuite à la chaîne comme en réparation. Mais aussi aussi pour effacer ce plaisir interdit que lui procure le fait de tuer. Parfois le deuil rend créatif et devient une aubaine. Parfois la mort des animaux ramène à la normalité de notre condition si fragile… Permettre d’envisager la fin rend plus intense le présent !

Faire le plein d’humanité au rayon volaille

L’élevage de Paule se transforme au fil des mots en une petite société. Chaque être caquetant à un nom propre, un charme, des envies et des tristesses. Lucie Rico rend passionnante cette société animale qui ressemble de près à la nôtre et qui rappelle des lectures enfantines comme Animals Farm.  Car les enfants ne s’y trompent pas, il y a beaucoup à apprendre des animaux. Mais si on a l’habitude des documentaires sur les singes, jamais les poulets n’auront été aussi minutieusement regardés. Et, il se trouve que Lucie Rico est documentariste et je vous garantis que sa plume l’est autant que ses yeux.

Néo ruralité et animalisme même combat ?

Et oui la tarte à la crème 2021 se retrouve au centre d’un propos plus politique qu’il en a l’air. La jeune Paule et son poulailler idéal ne vont pas que s’attirer des amis dans le village. A vouloir changer les codes et trop humaniser ses bêtes, tout peut virer à l’absurde voire à des absurdités. C’est là que le roman trouve sa dimension la plus comique d’ailleurs… C’est une fable donc le lieu de l’absurde ! D’autant que Lucie Rico pose aussitôt la question de l’hyper consommation qui nous transforme en producteurs incontrôlés puis en serial killer d’espèces. Attention certaines scènes pourraient vous rendre plus végétariens que flexitariens et plus du tout flexiterriens.

Le chant du poulet sous vide. Lucie Rico (POL)

Qui est l’autrice ?

Lucie Rico est née à Perpignan. Elle a travaillé dans l’éditions et les nouveaux media et réalise des documentaires. En cours d’écriture son deuxième roman : GPS.

Catégories
Littérature française

« L’inconnu de la poste » : l’ enquête captivante de Florence Aubenas

Ceci n’est pas un roman… mais l’enquête minutieuse d’une journaliste sur un fait-divers qui encore aujourd’hui, 13 ans après, reste mystérieux. Pendant sept ans, cette grand reporter au Monde aura assemblé près de « quatre valises » de notes, confie-t-elle, dans la très belle interview que la librairie Mollat de Bordeaux lui a consacrée.

Un jour d’août 2014 alors qu’elle est de permanence au Monde, dans ce mois généralement sans actu, elle reçoit le coup de fil d’une ancienne directrice de casting, qui la convainc d’enquêter sur le meurtre d’une jeune postière, en 2008, dont est accusé à tort un jeune homme, Gérald Thomassin, d’après son interlocutrice.

Gerald Thomassin, est l’une de ces étoiles filantes du cinéma français des années 80-90.

Le jeune homme fait, à 16 ans, ses premiers pas d’acteur dans Le petit Criminel de Jacques Doillon, et emporte le César du jeune espoir en 1991. Un diamant brut, sauvage, instinctif et libre. On se prend en le regardant, encore aujourd’hui, à rêver à Antoine Doinel et ses Quatre-cents coups… On rêve alors de le voir grandir à la lumière des caméras. Mais Thomassin traîne avec lui les fantômes d’une enfance assassine, marquée par la violence. Enfant de la DASS, il en conserve des plaies ouvertes, sa prison intérieure.

Hors champs, il prend la route de la drogue, l’alcoolisme et l’insertion a minima. Sur les conseils de copains de galères, il se retrouve à 34 ans dans un village de l’Ain, pas bien loin de Bourg en Bresse, dans un village de 3009 habitants, Montréal-la-Cluse, bien nommée et donc encaissée. Thomassin s’installe dans un sous-sol à moins de deux mètres de la Poste, où un jour de semaine, en 2008, à l’heure où les enfants vont à l’école, la jeune et jolie postière Catherine Burgaud se fait assassiner de vingt-huit coups de couteaux.

Assez vite les soupçons se tourneront vers les marginaux du village et plus particulièrement Thomassin. S’il a su s’attirer la tendresse de bien des gens de cinéma, ici dans ce village c’est plutôt la méfiance qui domine. Il faut dire que le jeune homme a bien du mal à ne pas faire l’acteur, tentant d’entrer un peu trop ouvertement dans la peau de l’assassin potentiel.

Alors que rien dans le dossier ne l’accuse réellement, il va sur sa propre dénonciation se retrouver en prison. C’est à ce moment-là que Florence Aubenas le rencontre et pendant cinq ans le voit régulièrement comme d’autres témoins d’ailleurs.

Une lecture passionnée et addictive

Une enquête d’abord, que l’on suit passionnément et, je vous le promets, fera sujet de conversations, voire de disputes entre lecteurs et amis. Chacun a son point de vue sur l’assassin potentiel. Florence Aubenas jamais pourtant ne pousse dans une voie plutôt qu’une autre. Sans doute, sa parfaite impartialité, laisse-t-elle libre court à nos convictions et autre imagination. La journaliste n’énonce pourtant que les faits, rien que les faits.

En lumière un jeune acteur fauché par la gloire

Pour les plus âgés, ce livre fait mémoire d’une époque très brillante et vivace du cinéma français. De très jeunes gens éclairaient régulièrement, nos écrans noirs : Charlotte Gainsbourg, Sophie Marceau, Romane Bohringer, Valérie Kaprisky qui souvent apparaissaient fragiles, cachés derrière un César amplement mérité. Comment résister au succès, ne pas être emporté par une notoriété trop rapidement acquise ? Même si Jacques Doillon n’a jamais lâché Thomassin, ni Dominique Besnehard, son agent, rien ni personne ne l’aura empêché de plonger dans ce qu’il maîtrisait au fond le mieux : la précarité.

En contre-champs toute l’humanité éclairante des « inconnus » de la vraie vie   

C’est la force et le talent de Florence Aubenas dans tous ses livres-enquêtes, prendre le temps qu’il faut pour connaître et mettre en lumière les « acteurs » de la vraie vie, ces gens normaux, ceux qu’on ne voit pas et pourtant recèlent d’une humanité singulière. Ceux qui font l’étoffe humaine des villages et des professions. Ceux que jamais un sondage ne pourra refléter. Laisser parler ce qu’on ne connait pas… La journaliste le met en pratique au travers de la voix de ceux-là qui font l’histoire. Ce ne sont pas des témoignages mais des gens tout simplement, qui vivent rient et pleurent, comme tout un chacun mais comme seuls eux-mêmes peuvent le faire.

Dans ce livre vous croiserez les copines de Catherine Burgaud, gentille bande solidaire; son père, l’ancien maire qui, inlassablement, veut trouver l’assassin pour rendre justice; l’ex-mari; le nouveau compagnon… Et puis les copains de galère, de cinéma, les amours ou les amis de Thomassin.

Une photographie d’une France mal connue voire peu reconnue

Qui sait parmi nous que ce village appartient à une vallée baptisée par ses habitants La plastique Vallée ? Où peu à peu les habitants ont délaissé leurs champs pour installer chez eux des machines à transformer le plastique et fabriquer les petits objets de Pif Gadget par exemple? Premier département français au niveau de l’industrie, on n’y connait pas le chômage… Pourtant à Montréal-la-Cluse, la toute petite poste est sans doute le dernier lien avec l’administration de Paris. Le dernier service social… Et la postière était bien gentille.

A ce jour, Thomassin est toujours porté disparu, alors qu’il se rendait à Lyon pour une confrontation judiciaire qui aurait pu l’innocenter.  

Catégories
Littérature française

« Nos corps étrangers » un premier roman cellulaire sous haute-tension…

Au départ, il s’agit d’un vieux fantasme écolo: quitter Paris pour retrouver un second souffle.Au départ il s’agit d’une famille comme les autres. Il y a  Maeva , collégienne qui suit ses parents en traînant les pieds. Quitter Paris et les copines pour atterrir dans un collège de « péquenots », comment ne pas ne pas se sentir trahie ? Et puis il y a Stéphane, le père, qui pense qu’ainsi il cautérisera la cicatrice que sa relation avec une collègue de bureau a laissé dans son couple. Enfin Elisabeth, la mère, qui s’est laissée porter par l’idée de se donner une seconde chance et de se remettre à peindre.

La maison du bonheur?

La maison du « nouveau départ » s’avère rapidement être un nid à colères et ressentiments divers.La transplantation de l’animal parisien à la campagne montre des signes visibles d’échec et de rejet. Stéphane ne supporte pas les temps de transports allongés, Elisabeth se bat avec des vomissements douloureux.Seule Maeva fait son trou, grâce à Richie, un beau et grand collégien noir.  Dans son sillage sa mère se remet à sa peinture avec passion.

Corps en mouvement

Alors pourquoi ce roman est-il cellulaire ?  Parce que les personnages opèrent des déplacements microscopiques, dans un environnement qui n’est ni tout à fait pareil ni totalement différent. Comme des micro-organismes. Vont-ils se fondre dans ce nouvel environnement ?

Mère et la fille s’ouvrent et s’enracinent au fil des trimestres scolaires, inaugurant de nouvelles interactions et s’ouvrant à une biophilie retrouvée. Stéphane le père se referme.  

Du corps il en est bien question. Dans le titre et tout au long du roman. De corps bavards mais de cerveaux sourds. 

De nouvelles barbaries

On n’en dira pas plus de cette histoire qui si à plusieurs moments semblent coutumière et contemporaine, s’accélère dans la seconde partie pour nous emmener vers un final totalement inattendu. L’angoisse est au rendez-vous. L’animalus parisianus peut se transformer en barbare s’il n’y prend garde ! 

Un premier roman sous tension qui devrait faire passer ce troisième confinement pour de la gnognotte.

Catégories
Littérature française

« Mon tout petit » : le livre plein de grâce de Delphine Apiou

Si vous l’avez raté en 2020, n’hésitez pas à vous l’offrir maintenant, vous y trouverez toute la tendresse de Delphine Apiou pour l’enfant qu’elle n’a pas eu.  Et mère ou non, vous en saisirez l’étrange écho.

Il en faut du courage, de la lucidité, de la tendresse pour s’adresser à celui qui naît pas là…

Il en faut du temps de vie et de divan, d’autodérision et de larmes discrètes pour le regarder et enfin lui parler.

Delphine Apiou – j’ai eu la chance de croiser son rire et ses yeux graves – nous offre ce joli morceau de bravoure en y ajoutant ce qui la fabrique intrinsèquement : son humour.

Je vous conseille en passant de lire TOUT Delphine Apiou.

Dans ce monologue épistolaire Delphine parle de tout… Enfin ce qui semble être la lutte finale de chacune d’entre nous. Vous savez l’histoire de la petite graine.

De l’évidence imposée à toute écolière : « Fille tu es, mère tu seras » ; à la trinité qui nous colle à la peau, à peine le bac en poche : amour-travail-bébé ; de la difficulté voire la déception de ne pas faire couple parce qu’être une femme libérée ce n’est pas si facile; des hésitations à se faire un bébé toute seule comme une grande ; enfin à l’affirmation libératoire qu’être femme ne passe pas pour nous toutes par la case maternité ! En une centaine de pages Delphine Apiou décrit le parcours d’une combattante.

Pas de bébé, pas de salut ?

Au XXIe siècle, encore, la réussite au féminin continue de briller comme un ventre rond.  Voire celui d’une autre si le nôtre s’y refuse. « Devenez parents » ressemble à un nouvel ordre moral ! Sans berceau point de salut ?  On n’aura jamais moins écouté le droit d’être femme sans enfanter qu’aujourd’hui…

Pourtant, on avait cru à quelques progrès en voyant éclore à New-York, les DINK (double Income No Kid)! Force est de constater en 2021, qu’il est bien difficile d’être prise au sérieux, déjà comme célibataire mais qui plus est sans enfant. Et qu’il est bien difficile de vivre l’impossibilité d’être mère car à la douleur personnelle vient s’ajouter la muette opprobre familiale et sociale. L’exclusion par défaut.

Pour certaine vient alors l’exigence d’être femme et sans enfant. En cela, ce livre sonne comme une libération pour toutes ! Etre ou ne pas être mère n’est pas la question ! La seule qui tienne vraiment est d’être une femme à part entière, engagée dans sa propre vie… de femme !

De souvenirs en petits mots tricotés

Mais ce livre n’est pas un essai, il est beaucoup plus joli que cela. Delphine Apiou dans sa lettre adressée à l’enfant qu’elle n’a pas eu, son tout-petit, se raconte comme toute mère. Son enfance, ses parents, ses amours, ses douleurs et maladie.

Elle raconte tout simplement. Par son récit, ses mots, ses souvenirs, ses blagues, et surtout son amour, de souvenirs en petits mots doux tricotés, elle donne vie à son enfant. Et sans doute à celui que chaque femme porte en elle dans sa besace imaginaire.

Salutaire !

Mon Tout Petit, Delphine Apiou, Editions Denoël

Catégories
Littérature française

Goncourt 2020 : Et si c’était elle? Djaïli Amadou Amal et ses Impatientes ?

L’autrice camerounaise, peule, musulmane est une voix importante de la littérature africaine. Dans son récit magnifique, « Les Impatientes », on retrouve sans doute une partie de sa vie, mariée de force à 17 ans et violentée dans le même temps, comme elle le confiait dans l’Heure Bleue, dans la longue interview accordée à Laure Adler à retrouver ici.

Ses trois impatientes, Ramla, jeune lycéenne brillante, Hindou, la plus timide, Safira, première femme d’un mariage polygame, incarnent trois destins de femme où chacune tentera de faire un pas de côté, pour échapper à une vie humiliante, pré-écrite par la tradition et son cortège de violences perpétrées.

Munyal, la patience soumise

La seule arme pour se protéger est transmise par les autres femmes, dans ce Sahel contemporain, c’est Munyal, la patience en peule. La patience, substrat culturel des femmes qui souvent chemine avec sa copine la douleur. Ce leg dont nous avons bien du mal à nous défaire… Il prend des tonalités différentes suivant les pays, mais ses fondations restent les mêmes : patriarcat, inaccessibilité à l’éducation, au travail, à disposer de son corps, à l’indépendance, au pouvoir et violences faites aux femmes… Sois patiente avec ton mari cela viendra … Enfin, quelque chose viendra… La fin de la soumission qui souvent va de paire avec la mort. Naturelle ou sous les coups.

Dans le roman de Djaïli Amadou Amal, la patience c’est la soumission au père, aux oncles, à la famille, au mari polygame et à sa première femme. La patience des épouses pour le bien-être du mari, après un mariage imposé et le viol conjugal. La patience c’est la soumission et le silence, les dents serrées sous voiles et tatouages. La transmission de cette obéissance se fait de mère en fille. Un univers cloîtré, dont chacune a patiemment construit les murs. Mais « Les impatientes » de Djaïli Amadou Amal, c’est aussi l’espoir d’y échapper, de se rebeller. 

Debout femmes esclaves et brisons nos entraves

Trois récits simples et puissants où se mêlent poésie, philosophie, incantation et récit sans concession.  Un roman bouleversant où chaque ligne dérange et donne les larmes aux yeux devant notre impuissance. Un roman solaire sur le courage et la tendresse des femmes quelle que soit l’aliénation subie. 

Il y a une dizaine d’années, Syngué Sabour avait signé un roman aussi impressionnant qui avait obtenu le Prix Goncourt, en 2008, « Pierre de patience », sur une femme qui n’avait d’autre choix que de vivre l’agonie de son mari en Afghanistan. Il fut récompensé par le Goncourt… Alors l’espoir est permis, nous verrons cela demain ! L’Académie amplifiera-t-elle la renommée de ce magnifique roman, déjà primé en 2019, par la Fondation Orange? Couronnera-t-elle cette grande écrivaine?