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Littérature française

La délicieuse cérémonie « De thé et d’amour  » d’Hubert Delahaye

« Des pas glissent sur les tatamis et Yamamoto Sensei débouche de la petite cuisine dans un kimono bleu cobalt à fines rayures noires. »

Une invitation au voyage qui ouvre grand les portes de l’imaginaire. Aujourd’hui plus qu’hier, sans doute à cause des confinements répétés, je plébiscite toute littérature itinérante. Un grand, grand, genre littéraire… Depuis l’Odyssée en passant par le Journal de voyage de Montaigne ou bien celui en Indes de Flaubert, jusqu’à Kerouac et sa Route, les écrivains voyageurs embarquent, fascinent, ensorcellent leurs lecteurs.

Mais aujourd’hui, empêchés de voyager, nous ressemblons, plus que nous le pensions, aux des lecteurs de Mérimée découvrant la Corse. Mélange d’exotisme et de spiritualité à taille humaine, ce joli roman nous embarque au Japon et donc en terre inconnue pour la plupart. Bien loin d’être un guide touristique, nous le refermerons, sous le charme de ces « impressions » en ayant l’impression d’avoir progressé un peu plus dans notre géographie intime.

De la joie de voyager entre les pages

« De thé et d’amour », est surtout un roman initiatique et très courtois qui explore l’amour. L’histoire est simple presque banale: un occidental, vraisemblablement diplomate, s’initie à l’art du thé à Kyoto mais surtout à une silencieuse parade amoureuse.

Tout tient dans l’économie de cette relation.  Comme dans la gestuelle lente de l’art du thé.  Tout tient dans l’épure stylistique ! Un récit hiératique au rythme hypnotisant.

Un amour en explosion de silences

Nous sommes convoqués à méditer sur l’éclosion de cette passion immobile et feutrée comme un rituel. Le temps s’arrête, les bruits se taisent. Et tout prend en force.

Le protagoniste tombe sous le charme de « cheveux châtain foncé relevés en chignon (qui) révèlent un peu plus de sa nuque, endroit de l’anatomie qui correspond dans le langage de coquetterie à ce que peut être ailleurs un décolleté ».  À petit pas minuscules, empêchée par « ses géta à bride rouge et vernies », mademoiselle Shimizu, guide son fol amoureux sur le chemin de la déraison. Et sur les routes de la grande évasion.

Vous voyez, il y a toutes les raisons d’emmener ce merveilleux petit livre d’amour sur votre lieu de villégiature. Bien installé dans un transat, il vous emportera à des milliers de kilomètres de vous-même.      

Par livresagites

journaliste, critique, blogueuse, premier roman en cours

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