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Littérature française

« Mon tout petit » : le livre plein de grâce de Delphine Apiou

« C’est la lettre d’une mère à son enfant qui n’existe pas. Une lettre d’une femme qui se demande qu’elle mère elle aurait été »

Si vous l’avez raté en 2020, n’hésitez pas à vous l’offrir maintenant, vous y trouverez toute la tendresse de Delphine Apiou pour l’enfant qu’elle n’a pas eu.  Et mère ou non, vous en saisirez l’étrange écho.

Il en faut du courage, de la lucidité, de la tendresse pour s’adresser à celui qui naît pas là…

Il en faut du temps de vie et de divan, d’autodérision et de larmes discrètes pour le regarder et enfin lui parler.

Delphine Apiou – j’ai eu la chance de croiser son rire et ses yeux graves – nous offre ce joli morceau de bravoure en y ajoutant ce qui la fabrique intrinsèquement : son humour.

Je vous conseille en passant de lire TOUT Delphine Apiou.

Dans ce monologue épistolaire Delphine parle de tout… Enfin ce qui semble être la lutte finale de chacune d’entre nous. Vous savez l’histoire de la petite graine.

De l’évidence imposée à toute écolière : « Fille tu es, mère tu seras » ; à la trinité qui nous colle à la peau, à peine le bac en poche : amour-travail-bébé ; de la difficulté voire la déception de ne pas faire couple parce qu’être une femme libérée ce n’est pas si facile; des hésitations à se faire un bébé toute seule comme une grande ; enfin à l’affirmation libératoire qu’être femme ne passe pas pour nous toutes par la case maternité ! En une centaine de pages Delphine Apiou décrit le parcours d’une combattante.

Pas de bébé, pas de salut ?

Au XXIe siècle, encore, la réussite au féminin continue de briller comme un ventre rond.  Voire celui d’une autre si le nôtre s’y refuse. « Devenez parents » ressemble à un nouvel ordre moral ! Sans berceau point de salut ?  On n’aura jamais moins écouté le droit d’être femme sans enfanter qu’aujourd’hui…

Pourtant, on avait cru à quelques progrès en voyant éclore à New-York, les DINK (double Income No Kid)! Force est de constater en 2021, qu’il est bien difficile d’être prise au sérieux, déjà comme célibataire mais qui plus est sans enfant. Et qu’il est bien difficile de vivre l’impossibilité d’être mère car à la douleur personnelle vient s’ajouter la muette opprobre familiale et sociale. L’exclusion par défaut.

Pour certaine vient alors l’exigence d’être femme et sans enfant. En cela, ce livre sonne comme une libération pour toutes ! Etre ou ne pas être mère n’est pas la question ! La seule qui tienne vraiment est d’être une femme à part entière, engagée dans sa propre vie… de femme !

De souvenirs en petits mots tricotés

Mais ce livre n’est pas un essai, il est beaucoup plus joli que cela. Delphine Apiou dans sa lettre adressée à l’enfant qu’elle n’a pas eu, son tout-petit, se raconte comme toute mère. Son enfance, ses parents, ses amours, ses douleurs et maladie.

Elle raconte tout simplement. Par son récit, ses mots, ses souvenirs, ses blagues, et surtout son amour, de souvenirs en petits mots doux tricotés, elle donne vie à son enfant. Et sans doute à celui que chaque femme porte en elle dans sa besace imaginaire.

Salutaire !

Mon Tout Petit, Delphine Apiou, Editions Denoël

Par livresagites

journaliste, critique, blogueuse, premier roman en cours

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